B comme… Bijou

bague_etincelanteSi, en Occident, les bijoux sont devenus principalement de purs ornements servant à la parure féminine, ils eurent par le passé une fonction socio-symbolique bien précise.

Étymologiquement, « bijou » trouve son origine dans le mot celtique « biz » signifiant doigt et a donné « bizou » en breton qui désigne un anneau pour le doigt.
Ainsi, le bijou est avant tout un anneau, une bague ou une alliance, plus qu’un collier, un bracelet ou une parure.

A Rome, des lois règlent le port des bagues. L’empereur Tibère avait interdit le port des bagues en or à tous ceux qui n’étaient pas des propriétaires terriens importants. On assistera plus tard à une démocratisation du port de la bague, car tout citoyen libre et tout soldat romain aura le droit d’arborer une bague en or.
Les bagues en fer sont portées par les esclaves, et les bagues en argent, par les esclaves affranchis.
A l’époque féodale, l’anneau porté au doigt est le symbole du lien qui attache un vassal à son suzerain, alors que les chevaliers portent des ceintures aux boucles très travaillées, comme signe de leur rang social. Le bijou, notamment la bague, devient aussi symbole de gage d’amour.

Les pierres précieuses ou semi-précieuses octroient une dimension symbolique supplémentaire aux bijoux.
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– le diamant, le rubis et le saphir symbolisent la puissance royale
– le jaspe était associé à la fertilité et l’on croyait qu’il mettait les femmes à l’abri de fausses couches
– le rubis, la pierre de lune et le lapis-lazuli étaient associés à l’amour passionnel
– l’émeraude et la topaze et surtout le diamant représentaient la fidélité

Vers le XVIe siècle, « bijou » a supplanté « joyau », qui désignait jusqu’alors tout ce qui porte le nom de bijou aujourd’hui.
Or « joyau » est un nom qui provient de « jeu » de l’anglais « jewel » dérivant des anciens « juel », « joiel » et « joel » qui désignent le jeu, le jouet, le joyau mais aussi le sexe de la femme ou l’amant parfois.
Enfin, il est également associé à « joie », car au XIe siècle, « joi » nom masculin qui s’écrivait avec un e au féminin, signifiait « joie », bien sûr, mais aussi « jouissance » et … « joyau ou bijou ».
Ainsi, dans l’esprit et les mœurs de nos ancêtres, le joyau ou le bijou était associé au jeu et à la joie, au plaisir et à la jouissance.

Le mot « bijou » désigne dans le langage familier des organes génitaux, comme le suggère l’expression  » bijoux de famille « , qui désigne vulgairement le sexe masculin. Toutefois, le terme s’attache plus généralement au sexe féminin.
L’association entre le bijou et la sexualité féminine est sans doute à l’origine de l’interdiction religieuse du port des bijoux.
Malgré l’avis de Paul (Timothée, II, 8-9), l’Église catholique se montrera relativement laxiste au sujet du port des bijoux, mais, avec l’avènement de la Réforme, les protestants voient ceux-ci d’un œil plus que méfiant. Les puritains anglais iront jusqu’à proscrire le port de tout bijou, y compris l’alliance. Dans la Genève de Jean Calvin, les bijoux n’auront pas droit de cité non plus.

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Toutefois, dans des temps plus reculés, nul doute que le bijou ou la parure, constitué de végétaux, de bois, de pierres, de dents ou d’os d’animaux ou de plumes avait valeur de talisman, d’amulette, d’instrument sacré et de signe de reconnaissance, protégeant ou déifiant celui ou celle qui le portait.
Et dans les mémoires archaïques, même si le bijou est aujourd’hui un gage d’amour, d’estime et de fidélité que l’on assimile plus volontiers à son origine étymologique qui le relie à « joie », nous ne lui donnons pas moins un caractère magique et sacré.

De même, si le bijou a une étymologie commune avec « jeu », il n’est pas impossible que cela remonte aux temps anciens où les instruments des jeux divinatoires (pierres, osselets…) étaient portés en collier par les devins et les magiciens.

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